Si ce surfer musicien au patronyme imprononçable est déjà connu et reconnu aux Etats-Unis (sa terre natale) depuis 2003, c’est son tube I’m Yours extrait de son troisième album au titre pour le moins hédoniste, We sing, we dance, we steal things, (On chante, on danse, on vole des trucs), qui le propulse en 2008, dans les hauteurs des charts de la vieille Europe. Il faut dire que I’m Yours constitue une excellente vitrine de l’album dans son ensemble : un joyeux mélange de folk et de reggae servi par des guitares irréprochables et un chanteur dont on devine le sourire à chaque parole prononcée.
Car ce qui caractérise l’album de Jason Mraz c’est avant tout l’euphorique allégresse qui s’en dégage. Vivre ses rêves, profiter de l’instant présent, se donner à l’être aimé, autant de thèmes qu’aborde l’album avec cette incomparable joie de vivre que donnent aux chansons saxophones, trompettes et autres cuivres impeccablement placés. Même les ballades sont teintées d’un optimisme mélancolique qui, loin de nous faire sombrer dans la dépression, nous remonte un moral un peu esquinté par ces temps de crise. Lorsque le légendaire magazine Rolling Stones lui fait remarquer qu’il semble ne pas écrire de chanson triste, Mraz répond : « J’écris des chansons tristes. (…) On a tous nos moments de poisse. C’est juste que ce n’est pas ce que j’ai choisi de partager.»
Ce que Jason Mraz partage, c’est donc une pop happy-hippie qui donne envie d’attraper sa guitare, de s’asseoir sur la plage autour d’un feu de camp et de chanter à l’unisson.
A consommer donc sans modération.
Raphaëlle Orsini
Mon premier est un coursier à la recherche de l’argent facile. Mon second se réfugie dans la religion. Mon troisième rêve de devenir footballeur. Mon quatrième recherche obstinément son père. Mon tout est porté par une mère enceinte pour la énième fois et correspond à 1h53 d’un profond ennui.
En effet, après le très bon Carnets de voyage, le réalisateur Walter Salles déçoit. S’il avait réussi à sublimer l’Amérique Latine à travers le périple initiatique d’Ernesto Guevara, joué par un Gael Garcia Bernal transcendant, dans Une famille brésilienne (Linha de passe pour le titre original, qui est un terme footballistique) il nous en dégoute plutôt. Certes le but n’était pas de voir une mise en scène façon « guide du routard de Sao Paulo », mais tout de même… Et pourtant on sent que ces deux films sont liés. Une fois de plus la caméra suit les différents protagonistes sans aucunes intentions de jugement, et en même temps le réalisateur de cherche pas à en faire un film purement formel. Pas d’effets de caméras grandiloquents et prétentieux ici.
Mais malgré cette réalisation juste (la première séquence alternant un match de football et la scène de sermon dans l’église laissait pourtant présager un joli moment) on ne voit pas où Salles veut en venir. Il n’y a pas un seul des personnages auxquels on ait envie de s’attacher. Le premier cherche ses ennuis, le second est trop fanatique, le troisième à la rigueur peut nous émouvoir par ses rêves déçus, et le quatrième est insupportable dans sa quête désespérée. Seule la mère, interprétée par Sandra Corveloni (primée à Cannes), est le personnage le plus intéressant. Elle est la réelle illustration d’un Brésil un peu paumé qui cherche à s’en sortir.
C’est une Famille brésilienne qui ne nous donne pas envie d’en faire partie !
Marine Cluet
« Films pour enfants à partir de 10 ans ». C’est cette phrase qui m’a interpellé quand je suis allé voir cette histoire de chien incontrôlable qui s’installe dans la vie du couple de jeunes mariés John et Jenny. Autant dire que la motivation n’était pas au rendez vous. Et pourtant…
Certes Marley et moi est tout sauf un grand film. Ca tombe bien puisqu’il n’en n’a pas la prétention. C’est un film ouvertement grand public, qui aurait pu être juste estampillé « collection Disney » (bien que produit par la Fox) si le duo Owen Wilson/ Jennifer Aniston ne fonctionnait pas aussi bien. Si l’humour restait au niveau « des enfants à partir des 10 ans ». S’il ne parlait pas des histoires de grandes personnes (soucis professionnels, naissances, remise en question…).
Et c’est bien de ça que ça parle. A travers l’adoption et l’évolution de ce chien « classé au top 5 des pires chiens » on suit aussi l’évolution de ce jeune couple amoureux et plein d’entrain, mais aussi parfois moins amoureux et avec moins d’entrain. Comme dans la vraie vie en fait. Adapté du best-seller autobiographique de John Grogan (Marley et moi), le film s’est placé en tête de box office américain dès sa première semaine abonnant Jennifer Aniston aux comédies.
Vous l’aurez donc compris, on met ses préjugés intello bobos de coté, et on se laisse entrainer par ce bon film du dimanche après midi qui vous fera passer du rire aux larmes (Préparez vous à passer pour un sans cœur si vous dérogez à la règle).
Marine Cluet
Ils sont quatre, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont rock, ils sont talentueux et ils déclenchent à chacun de leurs pas les cris hystériques de toutes les jeunes filles en fleurs.
Et pourtant, les garçons en cuir de Second Sex n’ont pas grand-chose à voir avec les fameux Fab’ Four. Moins sages, moins consensuels et surtout beaucoup plus crus, c’est du coté d’Iggy Pop, des Strokes, des White Stripes et des Rolling Stones qu’il faut se pencher pour comprendre la hargne musicale de ces quatre gaillards relégués parfois, à tort, au rang de groupe adolescent. Si leur physique reste juvénile (et pour cause ils n’ont que 20 ans de moyenne d’âge) leur musique, elle, n’a rien de celle de débutants. Quant à leur talent, il n’a rien à envier aux groupes auxquels ils se réfèrent.
A les écouter de plus près, les Second Sex nous prouvent que l’âge tendre des bébés rockers est bien révolu laissant place à celui, plus mûr, des vrais rockers, en sueur, déchaînés et tatoués. De vraies bêtes de scène. En bref, du rock comme on aime. Un rock qui emprunte également au punk et à la power pop pour constituer un album homogène et cohérent, ou l’anglais et le français se mêlent sans l’ombre d’une fausse note.
Les textes allient androgynie provocatrice et obscurité destructrice pour évoquer le sexe et la mort, les deux thèmes récurrents de cet opus fort justement intitulé Petite Mort.
Le single J’ai Couché Avec le Diable est un petit trésor rock. 3 minutes 32 survoltées qui font la synthèse de tout le savoir faire du groupe : des riffs percutants et une batterie très en place qui donnent naissance à une noirceur mélancolique, un intense désenchantement.
C’est beau comme du Baudelaire et puissant comme du Pete Doherty.
L’électrique quatuor de Second Sex signe donc un premier album très prometteur, pour eux mais aussi pour le rock français, un peu décevant ces derniers temps.
Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter une bonne route musicale, une longue vie musicienne et la petite mort de leur anonymat.
Raphaelle Orsini
Sacrilège!
On croyait les Tags réservés aux espaces urbains. Ils font une entrée remarquée au Grand Palais. Il y a ceux qui s’emballent et les autres.
Impressions, réactions des visiteurs!
Une femme, une sportive, une écrivain : Maud est notre coup de coeur de ce Salon du livre 2009.
Amis de la culture, voici une interview EXCLUSIVE (si, si) du dessinateur Cabu au Salon du livre.
Il s’en passe de bonne côté dédicace.
Les bibliophiles ont cette année encore constaté le succès grandissant du salon du livre. Le score final de fréquentation est très honorable, puisque 198 150 personnes sont allés à Paris Porte de Versailles rencontrer leurs auteurs favoris du 13 au 18 mars 2009.
Nous avons nous aussi bravé la foule pour se faire dédicacer nos dernières trouvailles littéraires. Nous vous présentons quelques uns de nos auteurs favoris parmi les 3 000 présents dans une vidéo en forme de visite virtuelle.
Rayon bande-dessinée, notre préférence va aux planches érotiques chic “Arthur et Janet” de Karo et Jean-Luc Cornette. Il s’agit d’une jolie histoire d’amour et de sexe décomplexée mais jamais vulgaire. Karo, la dessinatrice, une jolie jeune femme d’origine belge nous a livré ses impressions sur ses rencontres avec ses lecteurs.
Marine Cluet prétend que s’il n’en restait qu’un cette semaine ce serait celui là.
Encore un Biopic ?! Oui. Non. Enfin pas vraiment puisque le film traite seulement des huit années (de 1970 à 1978) qui ont permis à Harvey Milk de passer d’une vie de petit assureur coincé de New York à une carrière de politicien défendant ses droits d’homosexuels dans la ville de San Francisco.
Si en entendant le nom du réalisateur Gus Van Sant associé à celui de l’acteur Sean Penn vous pensez « encore un film politico-engagé d’intello ennuyeux à mourir », détrompez vous ! Harvey Milk se révèle abordable sans être classique. La réalisation est humble, notamment le jeu sur la photographie mêlant images d’archives et images fictionnelles. L’histoire est politique pas manichéenne, juste mais pas politiquement correcte. Sean Penn est tout juste incroyable, jamais trop, jamais mélo. Et les seconds rôles comme James Franco (Spiderman) ou Emile Hirsch (Into the wild, accrochez vous il est méconnaissable), sans jamais éclipser Sean Penn, nous emmènent au plus près d’Harvey Milk avec un talent non négligeable.
Vous l’aurez compris, c’est un film à voir. Si Sean Penn ne vous fait pas plus d’effets que ça, allez y au moins pour le volet historique. Cette histoire vraie illustre la bigoterie et l’homophobie ambiante de l’époque d’une politique républicaine, et la ténacité d’un Harvey Milk, redoutable. Quelles que soient vos convictions, on ne peut qu’être admiratif devant cet homme, prêt à se battre pour faire valoir ses droits.
Ce combat lui coûtera la vie. D’autres que lui le feront perdurer. Combat malheureusement toujours d’actualité.
Marine Cluet
A l’évocation du nom de Charlie Winston les filles sourient, Raphaëlle aussi…
Un bon single ne fait pas forcément un bon album.
Alors après le succès phénoménal du premier titre de Charlie Winston, « Like a Hobo » (comme un vagabond), on était un peu sceptique quant au reste de l’œuvre musicale de ce jeune anglais plus si jeune que ça (31 ans) à la bouille sympathique et au look de dandy bohème.
Il faut dire que son Hobo est un petit chef-d’œuvre à lui tout seul. Une mélodie entraînante, un rythme soutenu, des cuivres impeccables, des chœurs envoûtants et la voix du petit Charlie qui passe des graves aux aigus avec une facilité déconcertante et sans qu’on ait l’impression d’écouter un castra sur-vitaminé. C’est à n’en pas douter la recette d’une chanson géniale qui a su séduire en quelques semaines. D’ailleurs Le Grand Journal de Canal +, ne s’y est pas trompé, le titre est choisi comme bande son du générique de l’émission pendant une semaine. Depuis elle passe en boucle sur toutes les radios françaises.
Devant tant de talent, la question c’est : le single oui, mais l’album est-il a la hauteur ?
Et bien, force est de constater que Charlie (pour Chaplin) Winston (pour Churchill) n’est pas un imposteur.
L’album intitulé « Hobo » est à l’image de la chanson du même nom : un petit bijou de rock, de folk et de blues, teinté d’un humour so british et d’une voix very sensuelle.
La Cornouaille dans les veines, Charlie Winston nous fait partager des chansons courtes et percutantes, tantôt comiques, tantôt carrément mélodramatiques. Mais, Oh my God, que c’est bon de se faire bringuebaler par les claquements de mains et les sifflements de cet artiste qui nous fait retourner aux sources même du rythm and blues.
Côté textes, Charlie n’y va pas avec le dos de la cuillère. Ca parle de maturité, de questionnement, de destin et d’amour…ahh l’amour, toujours l’amour. (« I Love Your Smile est notre chanson d’amour du moment). Mais ce que l’on préfère c’est quand ce chanteur fort bavard finit par se taire et fait s’effacer les paroles au profit de la musique. C’est le cas dans « Calling me » et c’est d’une pure beauté.
Bref, il est probable que Charlie Winston ne reste pas un vagabond très longtemps. Il y a même fort à parier qu’il a déposé ses valises dans notre univers musical pour un bon bout de temps.
Raphaëlle Orsini